lundi 5 octobre 2009

Sables en vue


La route 101 poursuit le littoral. Continuité de chantiers (mais sans péages). Bourgs le plus souvent inhomogènes, inachevés, comme de banales successions de murs, d'enseignes, de tôles, de briques, de fils, de ciment, d'ateliers. Au-delà, la nature reparaît, gigantesque.
Ruisseau cristallin serpentant jusqu'aux sables venteux et blonds de la Praia Rosa (plage rose) à Garopaba, vaches à bosse en bord du Lago de Mirim, piste ocre entre rizières et océan de dunes à Jaguaruna, canyons vertigineux du parc Aparados da Serra (vain et interminable crochet dans le brouillard pour les apercevoir), route de charme vers les vignobles de Canela et Gramado.

Négligeant les crimes du journal télévisé, nous optons pour des campements sauvages.
Les habitants nous poussent à nous abriter. A la frontière entre les provinces de Santa Catarina et Rio Grande do Sul, nous partageons la surveillance du poste de douane. A São Francisco de Paula, le prochain commice agricole nous ouvre ses barrières.

La Niña prolonge la pluie de fin d'hiver. Dès que le soleil se cache, nous enfilons polaires et vestes. On rêverait de rebrousser chemin vers le nord...

Ford à votre service


Les concessions automobiles jalonnent les routes. Arrêt au stand chez Ford pour resserage du frein de parking, remplacement de clips égarés et contrôle d'une roue qui baisse en pression depuis notre départ.
Dix mécaniciens béent devant la belle américaine, appareil photo en main. Les modèles fabriqués au Brésil ne sont ni si puissants ni si robustes.
L'équipe nous bichonne, nous accompagne chez Pirelli et nous offre un chauffeur pour nos emplettes, un appartement pour la nuit (large espace et douche brûlante !) et des casquettes. Notre jante en aluminium, fêlée, part chez un soudeur.

Redémarrage après 27 heures d'immobilisation. Il nous reste encore la valve de gaz de notre réfrigérateur à changer et de multiples menues réparations...
A notre sens, un véhicule induit du stress, proche parfois du ras-le-bol. En contrepartie, une maison sur le dos, adaptée à la vie de bébé, ouvre tous les chemins, favorise des rencontres sans commerce, du fait de notre autonomie, et autorise (nec plus ultra) à s'arrêter aux toilettes en toutes circonstances.

vendredi 2 octobre 2009

Atlantique sud


Ile de Santa Catarina (voir Florianopolis sur une carte). Dunes, lacs, bourgs. Soleil immense, horizon émeraude, vertes collines, rouleaux, surfeurs, sable blanc à perte de vue, bateaux de pêche multicolores sur la rivière.
Doux farniente. Découverte des joies de la mer pour Marine.

Port de Pãntano do Sul. Caractère authentique, baraques pastel, jardinets exotiques, pêcheurs, superbe panorama. Aucun touriste hors saison.
Après tergiversations, nous décidons de camper sur la plage. La nuit, à notre peur d'être agressés se mêle celle d'être engloutis par la marée.

jeudi 1 octobre 2009

Un camion en ville


Curitiba, l'immense ville, modèle paraît-il. Retrait d'argent (enfin). Traffic, densité, blocs, rues infinies, échangeurs routiers, entrées des centres commerciaux trop basses pour notre attelage.
Quartier chic. Villas, murs d'enceinte, grilles, chiens, barbelés, alarmes. Des riverains nous déconseillent de camper dans ces ruelles paisibles...
Station Esso, gardée la nuit. Bruit de l'autoroute, de l'aéroport, des camions qui se garent, gaz d'échappement, sirènes, nous dormons pourtant bien (comme dans le ronronnement d'une carlingue et sans la crainte de manquer un plateau repas).

« autopista litoral sul ». Comme prévu, nous infléchissons notre route vers le sud (et plus de froid encore). Montagnes, lacets, pluie interminable, camions surnuméraires, panneaux publicitaires (même pour Jésus), jungle. Arrachement d'une attache avant de la cellule, réparation devant un garage (sous l'eau).

Première plage ! Belles vagues brunes, grands immeubles d'une homogène et hideuse polychromie, autochtones grassouillets. Où est la carte postale ?
Camping. Gardé et calme.

lundi 28 septembre 2009

En famille


Poursuite vers l'Atlantique. Long ruban de belle asphalte, faubourgs industriels, océan de brouillard, péages, villes et villages épars, collines cultivées (on se croirait en France), reliefs tropicaux, roches et cascades, rivières boueuses.
 
Il nous a été conseillé de stationner la nuit dans les stations-service. Au dernier moment, pourtant, nous tentons notre chance sur une piste qui s'éloigne d'un bourg. Notre vocable est limité : « endroit, dormir, sûr », mais pertinent.
Sur son terrain (nous n'avions pas remarqué la barrière), une famille nous accueille, d'abbord timidement, puis nous offre le café (grosse collation), le dîner, la douche, le petit-déjeuner et, comme une manifestation est venue bloquer la route principale, nous invite à demeurer une journée supplémentaire.
Immersion. Promenade, pêche, bricolage, lessive, cuisine, télévision, vie de famille... Nous ne disposons pour les remercier, de nos réserves argentines, que d'une bonne bouteille de vin (mais nos hôtes apprécient plutôt le vin sucré) et de gourmandises à la dulce de leche (confiture de lait). Sourires et sincérité feront le reste.

Dehors il bruine. Vert trempé. Froid de nouveau. Seul un poêle dans la cuisine, consumant des déchets de maïs, réchauffe la maison. Finitions de l'habitat sommaires, carrelage, antenne parabole et chaîne hi-fi, résistance électrique sur la pomme de douche (agréable mais inquiétant), meubles dépareillés, bibelots catholiques.
Trois générations cohabitent. Maria Elza, Jose Marcos, Jaqueline, Gilmar, Geliane, Jeferson, João Marcos. L'activité de ferme supplée aux métiers de menuisier, chauffeur routier, infirmière. Potager, pins, eucalyptus, bananes, manioc, volailles, vaches, cochons, mule, chevaux, étang, sources.
Repas avec une multitude de plats, à base de riz, manioc, fèves et viande. Congélateur immense. Déchets sur la nappe, pas de serviettes, cure-dents. Café au lait sucré dès le biberon (Marine aime). Caipira (ti' punch à la cachaça), partagé dans un même verre (Marine aime).

La rencontre crée la richesse du voyage. Mais chaque séparation, avec ses vaines promesses de se revoir un jour, étreint le cœur du voyageur. 

vendredi 25 septembre 2009

Senteur paradisiaque au Brésil

Pour contempler les chutes depuis leur rive brésilienne, nous franchissons le rio Iguazú. Formalités frontalières, d'immigration pour les personnes et de douane pour le véhicule, aisées et drôlement conviviales.
Dans le parc nationnal d'Iguaçu (noter la subtile variation de l'espagnol au portugais), végétation luxuriante, oiseaux et papillons scintillants, coatis (tapirs), inouïe splendeur de la rivière brune brisée en centaines de torrents d'écume, arcs en ciel, embruns et remous, féérique panorama.

A Foz do Iguaçu, les banques sont en grève et les distributeurs (qui ne sont pas en panne) n'acceptent pas les cartes bancaires étrangères... Stress.
Nous nous évadons vers l'est (en direction de la mer), manquons la route principale 277, échouons sur des kilomètres de pavés défoncés, environnés de champs, empreintons fortuitement un sentier, attirés par une pancarte d'« agro-tourisme ».
A notre approche, notre hôte vient trancher à la machette les branches basses :« nous ne parlons pas la même langue, mais nous allons nous comprendre ».


En effet, dans un paradis de 10 hectares, calme, offrant ruisseaux, étangs, 54 sortes de fruits, moult animaux de ferme, insectes (la perfection n'est pas de ce monde), arbres, pelouses, longue salle d'auberge aérée, jeux d'enfants, télévision pour le brasileiro (championnat nationnal de football) et, le soir, vibrant orchestre de la nature, nous passerons trois nuitées délicieuses.  
Teresiña Fontana et Joaquim Hercilio de Jesus nous choient (si l'épouse ne tenait pas les cordons de la bourse, le mari nous aurait même nourris gracieusement).
Pour le repas, élaboré naturellement (vivons bio), en quasi autarcie, avec un cheval pour seule aide : pain, poisson, poulet, porc, crème, piment, riz (cultivé au nord du pays), fèves, manioc, fruits et légumes inconnus (de nous), confitures, jus de maracujas...
Pour notre bien être : bains d'argile, puis rinçage sous la cascade, cachaça (cousin du rhum) parfumé de plantes médicinales, change de nos pesos argentins en reais (minimum de survie, pour les péages), conseil d'un itinéraire évitant les contre-bandiers armés et cupides.
Pour notre culture : traite des vaches, déambulations et interprétation de la flore, artisanat de chapeaux de paille de la nona de 84 ans, histoires de mariage entre imigrés italiens et indiens Guaranis.
Pour la veillée : mate, « la » boisson sud-américaine, à base de feuilles et d'eau chaude, bue dans un verre en terre avec une paille métallique, échangée de convive en convive, et chants caipira (country) avec guitares et viola caipira (guitare à 5 doubles cordes, accordée en open tuning de mi). A croire qu'ici tout le monde est musicien ! « Quiem canta os males espanta (chanter soulage les maux) ».

Détente, contemplation, lutte contre les piqûres, large nettoyage de printemps. Comme première halte de notre périple, pouvions-nous rêver mieux ?

jeudi 24 septembre 2009

Chutes d'Iguazú


Indicible. Soleil. Cataractes d'eau. Une merveille. Après les chutes, Marine est la plus photographiée par les (nombreux) touristes.
Rencontre de la charmante famille au-tour-des-ameriques.com.